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Mot clé - Eviv Yzokras !

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10 avril 2008

Chimères et désastre

Ce blog était, pour ainsi dire, clos, muet depuis des mois. Mais des événements graves ont eu lieu hier à l'assemblée nationale française, qui méritent un petit billet.

Mais quels événements au juste ? S'agit-il des mots un peu forts prononcés par notre charmante secrétaire d'état à l'environnement, Madame Nathalie Kosciusko-Morizet ? Non. Elle a fait un écart, elle est "jeune" (35 ans) et parce que c'est une dame, elle vient de se faire lyncher.

Mais il s'agit d'une diversion : le danger majeur vient du projet de loi sur sur les chimères, nommés OGM. La plupart des députés UMP et NC ont voté pour ce texte, mais pas tous. PS, PC et non-inscrits, dont François Bayrou, ont voté contre. Quelques amendements ont été apportés lors de cette deuxième lecture, qui seront supprimés par le sénat avec l'accord du gouvernement, si ce n'est de cette chère Nathalie. Et il s'agit d'un désastre.

Pourquoi ? Pour quoi, pour qui ?

Tout d'abord, un petit rappel : les chimères (OGM) sont obtenus par mélange des genres du vivant, par des multinationales qui rajoutent un gêne étranger au génome d'une plante (provenant d'une autre plante ou d'un animal...), et lui confère ainsi une "propriété" originale : par exemple, la forte résistance d'un plant OGM à un pesticide, va permettre d'arroser le champ avec de pesticide mortel pour toutes les autres plantes, y compris les plants non-OGM de la même espèce. "Je ne veux voir qu'un seul maïs !" ; et les chimistes font leur beurre.

Le Grenelle de l'environnement avait conclu qu'il fallait, ce sujet, inscrire dans la loi le droit de cultiver et de consommer des produits sans OGM.
Le gouvernement a ensuite fait savoir qu'il entendait garantir les  deux droits, celui de ne pas être exposé aux OGM et celui de cultiver des OGM. Or les deux sont incompatibles : là où ils ont été introduits en plein champ, les OGM "contaminent" des plantes qui les entourent, parfois à de grandes distances : on ne sait les circonscrire à quelques parcelles, ils se répandent.

Le désastre a trois facettes.

D'abord, pour la nature

Lorsque les gènes d'une variété de maïs sont modifiés, on les retrouve dans les autres variétés de maïs. Au gré des vents ou du parcours des insectes, des eaux, cette variété se mêle aux autres, et par hybridation, leur transmet ces gènes qui se répandent de ce fait. La "propriété particulière" de la chimère génétique se propage, se généralise. Or rien, dans ce processus, n'est maîtrisé, ni réversible. On ne sait pas stopper la propagation de la modification génétique (sauf éventuellement en milieu clos, sous serre). On ne maîtrise rien de ses effets à long terme. On ignore à quel rythme elle se propagera et vers quoi. On ignore si la résistance à un pesticide, par exemple, n'induira pas demain une vulnérabilité accrue à un autre parasite, ou limitera les capacités de reproduction de la plante, ou de ceux qui la consomment ; le sujet est beaucoup trop complexe pour être modélisable à l'heure actuelle.
Ce dont on est certain en revanche, c'est que les parasites et mauvaises herbes qui sont initialement affectés par le pesticide ou par la "nouvelle résistance d'une plante vont s'adapter sous l'effet de la sélection naturelle darwinienne, ou en récupérant elles-même le gêne de résistance. A ce moment là, le premier OGM n'aura plus d'intérêt pour l'agriculteur, qui devra utiliser de nouvelles semences et un nouveau pesticide pour continuer sa course. Mais entre temps, cette première chimère se sera répandu partout sans que les impacts ne soient maîtrisés. Entre temps, la biodiversité en aura pris un coup.
On fait la course contre la nature et c'est une course que nous sommes certains de perdre. On fait cette course en altérant ses règles qui plus est, en mélangeant génome animal et végétal. On joue aux apprentis sorciers, à grande échelle.

Ensuite pour la santé

Si un gène permet à une plante de synthétiser un pesticide, dont on connaît les effets néfastes sur la santé animale et humaine, comment croire qu'on ne retrouvera pas dans nos assiettes ? Des études prouvent qu'on l'y retrouve. Des études prouvent que certains OGM "sans danger" (d'après ceux qui les vendent) font mourir les rats. Alors ?

Et comme les modes de dissémination et d'hybridation sont mal connus, mal quantifiés et que nous sommes incapable d'en apprécier les effets, cette loi revient à foncer dans le brouillard.

Enfin, pour l'économie

On va livrer nos agriculteurs aux semenciers et aux producteurs de pesticides, qui rêvent d'une oligopole définitive sur les semences et vont l'obtenir. On va détruire l'agriculture biologique en inscrivant le droit à semer des OGM partout, et donc de tout contaminer. Seules les cultures OGM pourront "survivre", les parasites, déjà en situation favorable du fait du réchauffement climatique, vont s'adapter encore plus vite. Pour le plus grand profit des sorciers, des lobbyistes et des multinationales et certainement pas pour nourrir le tiers monde.

Le gouvernement milite en faveur des OGMs, contre l'instinct du peuple et la raison, contre les opinions et les gouvernements européens, contre une partie des députés UMP, contre une grosse partie des agriculteurs. Et puisque des amendements modérateurs de la folie ambiante ont été soumis par l'opposition, on va les abroger au Sénat et en commission mixte paritaire.

Dans son discours d'Angers du 1er décembre 2006, notre Nicolas Sarkozy déclarait :

"Je vous propose une école où les enfants apprennent, comme Marguerite Yourcenar le recommande, «qu’ils existent au sein de l’Univers, sur une planète dont ils devront plus tard ménager les ressources, qu’ils dépendent de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire."


Cette "promesse" là, il la trahit, et c'est impardonnable, au sens propre. Il s'agit d'un crime majeur contre lequel il nous faut lutter.


--

P.S. : l'instauration d'un délit de "fauchage d'OGM" est également lamentable, mais là encore, se battre sur ce sujet, c'est oublier le coeur du désastre. Bien sûr, c'est le seul aspect "négatif" de la loi qui était mentionné ce matin dans les flash de France-Info, radio Sarko.

P.P.S. : autres citations du candidat Sarkozy sur le sujet, imprécises comme le reste de sont  programme "validé par 53% des français" :

"Nous devons agir au niveau international pour que les grands pays s'engagent dans [...] la protection de la biodiversité."

Texte intégral du projet élaboré par Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP, La Tribune, 28 mars 2007

"Il faut que chacun d’entre nous cesse de tirer des traites écologiques sur les générations à venir."

Université d’été, Marseille, 3 septembre 2006, cité dans les tracts de campagne .

14 septembre 2007

Aux ordres ?

Très bel article ce matin dans le Figaro, joli ballon d'essai : "Turquie : Paris pourrait lever l'obstacle du référendum"

la France risquerait de bloquer, le moment venu, le processus d'adhésion, alors même que toutes les conditions seraient par ailleurs réunies », a  poursuivi [M. Jouyet]. « L'idée n'est pas de supprimer le référendum mais de permettre au chef de l'État de choisir entre celui-ci et la ratification par la voie parlementaire », fait-on valoir dans l'entourage du secrétaire d'État. « Cela ne peut que renforcer la position du négociateur » français, ajoute-t-on.

Conclusion : Sarkozy et son équipe sont décidés à favoriser l'adhésion de la Turquie, ils sont pour. C'est évidemment contraire à ce qui a été professé durant la campagne, c'est une trahison de plus.

Alors récapitulons :

  • plus d'argent pour les très riches, et que les autres triment,
  • privatisation (bradages) des actifs publics (GDF, Areva après les autoroutes et tout le reste)
  • augmentation du contingent français en Afghanistan, contre l'avis de l'état-major,
  • "retour de la France en Irak" (Kouchner),
  • pression renouvelées sur l'Iran
  • retour en totalité dans l'OTAN sans contrepartie (i.e. sans obtention de commandement ni d'aucune influence),
  • critique du Rafale (Morin),
  • et maintenant, donc : bienvenue à la Turquie dans l'UE ! La Turquie qui n'a toujours pas reconnu Chypre ni ne tolère la liberté confessionnelle !

Donc, comme pour Tony Blair et Aznar en leur temps, la question posée est : Nicolas Sarkozy obéit-il aux o r d r e s de Washington plutôt qu'au pays qui l'a élu ?


Nous vivons une époque formidable.

P.S. : et M. Jouyet risque de se faire tacler si la réaction est trop violente. Il n'invente probablement rien, mais il est, comme d'autres ministres avant lui, instrumenté pour tâter l'opinion et l'UMP ; si ça grogne, il recevra lui aussi un missile Elyséen, par Canard interposé, du style "quel con" ou "je suis entouré de nuls".
Belle équipe vraiment, beau jeu ! Le management par la peur ne fonctionne pas longtemps...

6 juillet 2007

En ce moment en une du Monde...

... on n'annonce pas mon départ en vacances, pourtant bien réel à compter de ce soir et pour 2 ou 3 semaines sans Internet...

... on oublie également de mentionner qu'un excellent camarade vient d'avoir le privilège de publier ici. Publiera, publiera pas ? Quoi qu'il en soit, de lui vous entendrez parler prochainement.

Non, en une du Monde, en ce moment, on voit ça :




Il est temps de partir, je vois des Sarkozy partout.


Rendez-vous en août !

27 juin 2007

On purge bébé(s)

Petite liste rapide des éviscérations et purges laxatives destinées au soulagement présidentiel.

Arrêt d'Arrêt sur Image

Il est interdit de s'arrêter sur les images qu'on nous sert, ou de revenir dessus. M. Schneidermann s'explique sur son blog... et explique surtout pourqoui on le purge lui.

Le dossier du ministère de la Défense sur le "second porte-avion"...

... n'existe plus. Cela évitera peut être de poser des questions troubles du genre : les 2 ou 3 milliards d'Euros prévus pour cette opération tiennent-ils compte de la nécessité d'acheter des avions, pour ce porte-avion ?

Purge des actifs publics

A propos de purge, après la vente de 5% de France telecom annoncée hier, voici la "fusion" GdF-Suez (aussi appelée "bradage de GdF") qui est finalement acceptée par l'ami Sarkozy.
L'article du Figaro est cocasse sur un point : il signale que le prix initialement envisagée n'est plus valable, les cours de l'action Suez ayant monté.

Une hypothèse emplie de mauvaise foi s'impose à moi : puisque qu'ils savaient l'opération bien engagée et très avantageuse pour leur groupe, les actionnaires initiés de Suez ont décidé d'acheter plus d'actions, de faire monter les cours, afin 1) de maximiser leurs gains à court terme (revente lors de la finalisation de l'opération, qui sera fatalement "bien acceuillie par les marchés") et 2) de maximiser le rendement de l'opération en sur-valorisant l'action Suez pour acheter GdF moins cher. Vous suivez toujours ?
Dit autrement, cette opération que Nicolas Sarkozy s'était engagé à ne jamais tolérer, vient de devenir encore plus défavorable au contribuable.

Mais il faut bien des avions au porte avions et des sous pour Dassault, alors...

D'ailleurs, hier, on (NS) annonçait aussi la reprise des "grands travaux" (plus d'autoroutes ? Bouygues est jalou de Dassault), qu'il va falloir payer. Le Figaro évoquait une nouvelle tentation du gouvernement : vendre des bouts d'EDF puisque'EDF est devenue la première entreprise cotée sur la place de Paris... Et Areva aussi. Pour mémoire, rappellons la citation célèbre de celui n'était encore que ministre et s'exprimait à la tribune de l'assemblée nationale le 15 juin 2004 à propos du changement de statut d'EDF et GDF :

Je l’affirme, c’est un engagement du gouvernement, E.D.F et Gaz-de-France ne seront pas privatisés. Le Président de la République, poursuivait Nicolas Sarkozy, l’a rappelé solennellement lors du Conseil des ministres. Pour cette raison, le gouvernement accepte l’amendement du rapporteur prévoyant de porter de 50 à 70% le taux minimum de détention de capital d’E.D.F et de Gaz de France.


Oyer, oyez, investisseurs ! Au rythme où les décisions sont prises, on songe à vendre le Louvre, qui représente une magnifique opportunité immobilière et mobilière, pour l'opération "du pétrole pour notre porte-avion".
Cette impression est confirmée par le gouvernement, mais en off (toujours dans le Figaro) :

Céder des actifs pour désendetter la France mais certainement pas pour financer le « choc fiscal » promis par le candidat UMP : tel est le message que veut absolument faire passer le gouvernement. Même si les deux éléments se rejoignent. « Il faut s'attendre à de très mauvaises nouvelles en matière de finances publiques dans les prochaines semaines, ce qui oblige à accélérer le tempo en matière de recettes de privatisation »


Mais pourquoi sarait-ce choquant et mauvais, objectera-t-on, que de céder ces actifs ?

  • Les cours montent parce que les investisseurs anticipent des plus-values, des gains importants dans le futur. En cédant des parts, l'Etat, en fait bon gestionnaire, se prive de ces plus-values latentes.
  • L'Etat est en déficit (c'est là la faille) et le comble en empruntant à 3% environ. Pour éviter d'emprunter une partie de ces sommes, le gouvernement se sépare d'actifs qui rapportent plus que ce taux. Celà n'a guère de sens sauf du point de vue de l'affichage (la dette publique augmente moins... et on se fiche que les actifs baissent, car ils ne sont valorisés que lors de leur vente et compte apparemment pour du beure sinon) ; comme pour la privatisation des autoroutes en son temps, cette opération est absurde.
  • A chaque fois, c'est un peu de souveraineté qui s'en va. En toute naïveté, on peut considérer que ces entreprises majeures, qui détiennent un véritable pouvoir, sont plus rassurantes si elles sont contrôlées par un gouvernement démocratique ou par des investisseurs amis. Mais Carlysle au capital de France Telecom, ou demain d'Areva, Alcatel entièrement passé sous la coupe américaine et employant ses ingénieurs à former des chinois ou des coréens, puis les licenciant, Total détenue en majorité par des actionnaires étrangers (qui empochent les bénéfices) et demain l'énergie nucléaire aux mains des mêmes qui ont ruiné Enron : ça vous rassure ? Moi pas.


Et l'Etat, de plus en plus, la nation au delà, sont soumis au chantage des financiers.
Vous me direz : on vient d'élire leur avocat à la présidence, on a ce qu'on mérite : on purge les veaux. Le clystère me fait mal.

Et je n'ai, finalement, pas encore purgé mon amertume.

Bonne nouvelle !

2005-01-11: Brown et Blair par le GuardianOn purge Blair aussi, qui n'est plus premier ministre anglais. Hélas, hélas, on a toutes les chances de le retrouver en envoyé du "Quartette" (Etats-Unis, Europe, Russie, Onu) pour le proche Orient.

Hypothèse optimiste : il a toujours cru à ce qu'il racontait sur le sujet, il va faire avancer les choses en convaincant Georges Bush et les Israéliens de céder effectivement des territoires contre la paix, de négocier honnètement, d'une part, et les Palestinien de faire preuve d'un minimum de réalisme. Il y voit une occasion de se racheter de l'erreur majeure que fut son suivisme en ce qui concerne l'Irak. Il va prouver quel bon catholique et homme de paix il est en fait. Il va tenter de nous persuader que sa place n'est pas dans une cellule à la Haye.

Hypothèse pessimiste : il a menti sur ce sujet comme sur les autres (c'est à dire énormément, avec un talent immense), il va faire semblant de faire avancer les choses, Bush va faire semblant de l'écouter, les autres parties en présence continuant à se trucider sous le regard bienveillant des marchands d'armes américains.

De toutes façons, sur ce sujet, la situation ne peut pas empirer. Soyons optimiste. Prions fort...

Je le savais ! (modification du 28-06-2007)...

... j'en oubliais : après Jean-Marie Colombani, dont ils ont obtenu le départ, les journalistes du Monde viennent d'inviter M. Minc à aller voir ailleurs. Je songe à racheter ce journal de temps en temps, s'ils obtiennent son départ. Nous sommes nombreux, et Edwy Plenel en est, à ne pas pardonner pour l'instant la mise en coupe réglée du "journal de référence" en faveur de Sarkozy durant cette élection. Jamais, par exemple, ils n'ont dénoncé l'absurdité des mesures économiques envisagées ouvertement par le président de l'UMP ; c'est d'autant plus navrant que c'est sur ce terrain avant tout que Sarkozy est attendu par ses électeurs. Dieu qu'ils vont être déçus !

Dans la même série, je signale que les huiles de l'équipe Bush ont commencé à soufrir, et que ce n'est pas fini. Lewis "Scooter" Libby : en taule. Wolfowitz : démis de la Banque Mondiale. Divers Lobbyistes en prison pour malversations. L'ex-chef d'Enron : décédé après condamnation lourde. Gonzales (ministre de la justice de Bush junior) : vient de subir une historique motion de défiance par les deux chambres. Cheney, le vice-président et la Maison Blanche vont être perquisitionnés dans le cadre d'une enquête diligentée par le Sénat sur de nombreuses écoutes illégales.
Il est plus que temps : la folie des dirigeants américains actuels (politiques et économiques) est porteuse de menaces pour tous.

Modification du 2007-07-04 : Lewis "Scooter" Libby n'ira pas en taule. Georges Bush vient de l'en dispenser, ce qui émeut bien du monde...

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