Cet homme est étonnant.

Que dis-je : ces gusses sont détonants !

Michael Moore

A eu l'honneur d'une critique par le New York Times, à propos de son dernier opus, Sicko : très bonne presse me semble-t-il, j'ai connu le Times moins aimable à l'endroit de l'irrévérencieux bedonnant : une palme d'or vous change la critique d'un homme aussi sûrement que de bons chiffres d'entrées en salle...

2007-06-22_MichaelMooreBref résumé de ce long article :

  • le film (documentaire) est le plus construit de Michael Moore. Il s'y met moins en scène. Il y révèle enfin de vrais affinités politiques avec - surprise authentique ! - la sociale démocratie.
  • Il explore le système de santé américain, en souligne les travers, et le compare à d'autres, dont le cubain, l'anglais, le français.
  • Au final, Mr. Moore plaide pour l'abandon de la singularité américaine sur ce point et le Times ne s'en offusque pas.


Ce que l'on connaît les résultats du système de soins EtatsUnien : hyper-performant pour les plus riches, inexistant pour les nombreux pauvres, très cher pour tous les autres. Mais voir le Times et M. Moore, si patriotes tous deux, s'entendre pour constater que "c'est mieux ailleurs", est singulier et doit être salué. pour vous donner une idée du déchirement que cela représente, remarquez, simplement, le petit drapeau US à côté de l'adresse du site de Moore : patriote et critique, il est détesté par la droite là bas.

Sarkozy !

Ca vous en bouchera un coin, mais je trouve que notre Président tente quelque chose de bien. Ah ! Voyez ! on vous l'a dit :
''le démocrate critique par tic,
retoque du tac au tac,
et applaudit tout à trac.''

L'objet de mon émoi ? Maître Sarkozy aurait fait gober à nos chers partenaires européens la suppression des termes de "concurrence libre et non faussée" dans le futur traité européen. Ca me paraît bien pour deux raisons :

  • Ce vocabulaire a été utilisé à tort et surtout de travers par les lobbyistes de tous poils pour faire gober n'importe quoi aux pouvoirs politiques, par exemple en matière de libéralisation sauvage de tout et du reste. "Non-faussée" est systématiquement interprété dans le sens souhaité par les Ruppert Murdoch et autres tyrans cachés, qui militent activement pour la loi de la jungle et refusent de prendre en compte la moindre externalité ou le bien commun, qui croient naïvement que seul le privé sait être efficace, qu'il l'est toujours... Le monopole des Postes est considéré comme faussant tandi que l'absence de règles socialesoù de normes environnementales n'est pas pris en compte.

Bref ! Rendons à César ce qui lui échoit : la souveraineté doit rester au peuple, y compris en matière économique, et des dogmes économiques n'ont rien à faire dans un texte de portée constitutionnelle. L'économie de marché marche, elle est la situation naturelle entre hommes, mais le propre de l'homme étant qu'il tente de dominer la nature, ne nous l'interdisons pas :-)

  • Plus pragmatiquement : ces clauses nous lient les mains dans les négociations commerciales. Les US comme les chinois rient aux nez des principes du libre échange dès lors qu'ils leurs sont défavorables, et bien qu'ils s'en prévalent ; et notez que je ne parle pas des russes... Et pour nous européens, il reste éventuellement légitime ou opportun des les brandir, mais nous faisons plus : nous nous les imposons par avance et par là même, ruinons nos chances dans les négociations.

Donc : même s'il ne s'agit que d'une victoire symbolique, j'applaudirais M. Sarkozy s'il la remportait.

D'après le Spiegel, ça fait cogiter les anglais et les eurocrates aussi, ç'est toujours bon signe, c'est bon pour la santé.
Le Guardian tente de rassurer ses lecteurs en soulignant que la victoire serait essentiellement symbolique, que les autres parties des traités existants garantissent ces beaux principes libre-échangistes et permettraient à Gordon Brown de s'asseoir sur des options qui le gènent, comme - au hasard, les exigences stratégiques et bien françaises qui concerne la souveraineté alimentaire.

Les anglais sont tenaces, mais si le père Sarkozy avait l'amabilité de supprimer du traité ce qui, pour beaucoup, est le symbole de l'asservissement du pouvoir politique et du peuple aux puissances économiques, ce serait bien.