Ce blog était, pour ainsi dire, clos, muet depuis des mois. Mais des événements graves ont eu lieu hier à l'assemblée nationale française, qui méritent un petit billet.

Mais quels événements au juste ? S'agit-il des mots un peu forts prononcés par notre charmante secrétaire d'état à l'environnement, Madame Nathalie Kosciusko-Morizet ? Non. Elle a fait un écart, elle est "jeune" (35 ans) et parce que c'est une dame, elle vient de se faire lyncher.

Mais il s'agit d'une diversion : le danger majeur vient du projet de loi sur sur les chimères, nommés OGM. La plupart des députés UMP et NC ont voté pour ce texte, mais pas tous. PS, PC et non-inscrits, dont François Bayrou, ont voté contre. Quelques amendements ont été apportés lors de cette deuxième lecture, qui seront supprimés par le sénat avec l'accord du gouvernement, si ce n'est de cette chère Nathalie. Et il s'agit d'un désastre.

Pourquoi ? Pour quoi, pour qui ?

Tout d'abord, un petit rappel : les chimères (OGM) sont obtenus par mélange des genres du vivant, par des multinationales qui rajoutent un gêne étranger au génome d'une plante (provenant d'une autre plante ou d'un animal...), et lui confère ainsi une "propriété" originale : par exemple, la forte résistance d'un plant OGM à un pesticide, va permettre d'arroser le champ avec de pesticide mortel pour toutes les autres plantes, y compris les plants non-OGM de la même espèce. "Je ne veux voir qu'un seul maïs !" ; et les chimistes font leur beurre.

Le Grenelle de l'environnement avait conclu qu'il fallait, ce sujet, inscrire dans la loi le droit de cultiver et de consommer des produits sans OGM.
Le gouvernement a ensuite fait savoir qu'il entendait garantir les  deux droits, celui de ne pas être exposé aux OGM et celui de cultiver des OGM. Or les deux sont incompatibles : là où ils ont été introduits en plein champ, les OGM "contaminent" des plantes qui les entourent, parfois à de grandes distances : on ne sait les circonscrire à quelques parcelles, ils se répandent.

Le désastre a trois facettes.

D'abord, pour la nature

Lorsque les gènes d'une variété de maïs sont modifiés, on les retrouve dans les autres variétés de maïs. Au gré des vents ou du parcours des insectes, des eaux, cette variété se mêle aux autres, et par hybridation, leur transmet ces gènes qui se répandent de ce fait. La "propriété particulière" de la chimère génétique se propage, se généralise. Or rien, dans ce processus, n'est maîtrisé, ni réversible. On ne sait pas stopper la propagation de la modification génétique (sauf éventuellement en milieu clos, sous serre). On ne maîtrise rien de ses effets à long terme. On ignore à quel rythme elle se propagera et vers quoi. On ignore si la résistance à un pesticide, par exemple, n'induira pas demain une vulnérabilité accrue à un autre parasite, ou limitera les capacités de reproduction de la plante, ou de ceux qui la consomment ; le sujet est beaucoup trop complexe pour être modélisable à l'heure actuelle.
Ce dont on est certain en revanche, c'est que les parasites et mauvaises herbes qui sont initialement affectés par le pesticide ou par la "nouvelle résistance d'une plante vont s'adapter sous l'effet de la sélection naturelle darwinienne, ou en récupérant elles-même le gêne de résistance. A ce moment là, le premier OGM n'aura plus d'intérêt pour l'agriculteur, qui devra utiliser de nouvelles semences et un nouveau pesticide pour continuer sa course. Mais entre temps, cette première chimère se sera répandu partout sans que les impacts ne soient maîtrisés. Entre temps, la biodiversité en aura pris un coup.
On fait la course contre la nature et c'est une course que nous sommes certains de perdre. On fait cette course en altérant ses règles qui plus est, en mélangeant génome animal et végétal. On joue aux apprentis sorciers, à grande échelle.

Ensuite pour la santé

Si un gène permet à une plante de synthétiser un pesticide, dont on connaît les effets néfastes sur la santé animale et humaine, comment croire qu'on ne retrouvera pas dans nos assiettes ? Des études prouvent qu'on l'y retrouve. Des études prouvent que certains OGM "sans danger" (d'après ceux qui les vendent) font mourir les rats. Alors ?

Et comme les modes de dissémination et d'hybridation sont mal connus, mal quantifiés et que nous sommes incapable d'en apprécier les effets, cette loi revient à foncer dans le brouillard.

Enfin, pour l'économie

On va livrer nos agriculteurs aux semenciers et aux producteurs de pesticides, qui rêvent d'une oligopole définitive sur les semences et vont l'obtenir. On va détruire l'agriculture biologique en inscrivant le droit à semer des OGM partout, et donc de tout contaminer. Seules les cultures OGM pourront "survivre", les parasites, déjà en situation favorable du fait du réchauffement climatique, vont s'adapter encore plus vite. Pour le plus grand profit des sorciers, des lobbyistes et des multinationales et certainement pas pour nourrir le tiers monde.

Le gouvernement milite en faveur des OGMs, contre l'instinct du peuple et la raison, contre les opinions et les gouvernements européens, contre une partie des députés UMP, contre une grosse partie des agriculteurs. Et puisque des amendements modérateurs de la folie ambiante ont été soumis par l'opposition, on va les abroger au Sénat et en commission mixte paritaire.

Dans son discours d'Angers du 1er décembre 2006, notre Nicolas Sarkozy déclarait :

"Je vous propose une école où les enfants apprennent, comme Marguerite Yourcenar le recommande, «qu’ils existent au sein de l’Univers, sur une planète dont ils devront plus tard ménager les ressources, qu’ils dépendent de l’air, de l’eau, de tous les êtres vivants, et que la moindre erreur ou la moindre violence risque de tout détruire."


Cette "promesse" là, il la trahit, et c'est impardonnable, au sens propre. Il s'agit d'un crime majeur contre lequel il nous faut lutter.


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P.S. : l'instauration d'un délit de "fauchage d'OGM" est également lamentable, mais là encore, se battre sur ce sujet, c'est oublier le coeur du désastre. Bien sûr, c'est le seul aspect "négatif" de la loi qui était mentionné ce matin dans les flash de France-Info, radio Sarko.

P.P.S. : autres citations du candidat Sarkozy sur le sujet, imprécises comme le reste de sont  programme "validé par 53% des français" :

"Nous devons agir au niveau international pour que les grands pays s'engagent dans [...] la protection de la biodiversité."

Texte intégral du projet élaboré par Nicolas Sarkozy, candidat de l'UMP, La Tribune, 28 mars 2007

"Il faut que chacun d’entre nous cesse de tirer des traites écologiques sur les générations à venir."

Université d’été, Marseille, 3 septembre 2006, cité dans les tracts de campagne .